Les sangsues sont-elles si menaçantes?

Les gens nous consultent fréquemment pour la présence ou l’apparition de sangsues dans leur aménagement aquatique. Avons-nous besoin d’avoir peur de ces petites bêtes? L’article suivant vous permettra d’y voir un peu plus clair et de comprendre la place de ces petits être terrifiants.

Tout d’abord, dites-vous bien qu’il existe près de 700 espèces de sangsues différentes sur Terre. Bien qu’elles soient toutes carnivores, elles ne sont pas toutes hématophages (qui se nourrissent de sang). Beaucoup ne se nourrissent que de vers de terre, de mollusques, de larves d’insectes et d’autres petits organismes peuplant le milieu aquatique. Parmi celles qui aiment le sang, peu apprécient celui de l’être humain. Comme preuve, une seule au Canada est vorace au point de vous chasser lorsque vous mettez le petit orteil dans l’eau : la sangsue médicinale d’Amérique du Nord (Macrobdella decora). Les autres espèces qui se nourrissent de sang vont préférer les grenouilles, les escargots, les tortues et les canards. En Europe, les sangsues qui recherchent le sang humain sont plus nombreuses, la plus connue restant la Hirudo medicinalis, dont la population au cours des derniers siècles a souffert des pratiques médicales jusqu’à devenir aujourd’hui une espèce menacée d’extinction.

Comme le sang humain n’est pas toujours facile à trouver (peu de gens trempent leurs pieds dans l’eau pour le simple plaisir de nourrir notre amie M. decora), cette dernière jette son dévolu sur les grenouilles qui peuplent nos étangs.

Voici quelques pistes de solutions pour vous aider à contrôler vos populations de sangsues:

  • Piste 1: Introduire quelques crapets arlequins, qui semblent avoir un appétit assez vorace pour se nourrir de sangsues.
  • Piste 2: Fabriquer des pièges à sangsues, ce qui peut être plus ou moins fructueux.
  • Piste 3: Limiter la quantité de nourriture disponible pour celles-ci : les grenouilles. Cette piste est l’option la plus efficace selon notre expérience. Moins de grenouilles, moins de sangsues.

Avant de partir à la chasse à la grenouille, nous vous proposons d’introduire quelques achigans (black bass pour les européens) dans votre étang, car ces derniers se nourrissent de têtards et des œufs de grenouille, ce qui limitera la population adulte et conséquemment celle des sangsues. Choisissez l’achigan à petite bouche car il résiste mieux aux eaux plus chaudes, ce qui est le cas de la majorité des étangs privés.

Les sangsues ont aussi tendance à utiliser l’accumulation de boue et de débris au fond de votre bassin comme habitat et cachette contre leurs prédateurs. La meilleure façon de bannir les sangsues de votre bassin est de supprimer cet habitat. Portez un soin méticuleux pour retirer les feuilles et les débris à l’aide d’un râteau aquatique, ajoutez des bactéries pour digérer les boues accumulées et assurez une bonne circulation et aération de l’eau de votre étang. Ces tactiques vont dissuader les sangsues qui n’auront nulle part où se cacher et seront donc captées par votre population de poissons.

Que devez-vous faire lorsqu’une sangsue vient s’accrocher à votre mollet ? Ne pas paniquer!! Si vous êtes patient, vous la laisserez prendre son petit déjeuner (plusieurs fois son propre volume de sang) puis elle se détachera d’elle-même pour aller se cacher au fond de l’étang pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Si vous ne voulez pas attendre qu’elle se soit rassasiée, vous pourriez la déloger en glissant un objet aplati sous ses ventouses. Attention! Ne pas mettre de sel ou autre poison sur la sangsue pendant qu’elle est accrochée à votre peau. Cela pourrait lui faire régurgiter le contenu de son estomac et vous causer une infection. Ne pas tirer pour l’enlever, puisqu’une partie de sa bouche pourrait rester dans la plaie et encore une fois causer une infection.

Pour ne pas éveiller votre attention et pour faciliter son déjeuner, sachez que la sangsue vous injecte au moment de la morsure un anesthésiant et un anticoagulant. Ainsi, bien que ne transportant pas de maladie par elle-même, il faut prendre soin de bien soigner la plaie après son détachement pour éviter qu’elle ne s’infecte, car votre sang pourrait couler pendant près de 10 heures après avoir détaché la sangsue de votre corps.

Pour conclure, bien que redoutées par les baigneurs, les sangsues ne sont pas détestées par tout le monde. Leurs vertus analgésiques, anesthésiques et anticoagulantes font des heureux du côté de la microchirurgie, car elles facilitent la réussite de greffes d’organes. À tel point qu’une compagnie en Angleterre (Biopharm Leeches) se spécialise dans la commercialisation de ces petits êtres visqueux.

 

Articles Connexes: